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Franck Cammas : « Il faut que la chance sourie »

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le 5 janvier 2009

Franck Cammas : « Il faut que la chance sourie »

Trophée Jules-Verne. Groupama 3, de retour à Lorient le 30 décembre, est en cours de travaux. En fin de semaine, Franck Cammas et son équipage seront prêts à s’élancer une troisième fois à l’assaut du record détenu depuis 2005 par Bruno Peyron (1).

 

Franck, vous voilà à nouveau sur la ligne de départ du Trophée Jules-Verne ?

Non, non, le problème c’est qu’on n’est pas prêt à partir avant la fin de la semaine. Et ce qui est dommage c’est que lundi il y avait une situation météo favorable, une bonne fenêtre qu’on n’a pas pu prendre.

En quoi consiste le check-up auquel vous allez soumettre Groupama 3 ?

Il s’agira de renforcer certaines parties et avec les architectes nous allons constater la façon dont les réparations (2) ont supporté le convoyage retour depuis Cape Town dans des conditions parfois musclées. On va rajouter « des petits « patchs », un ou deux tissus là où des nœuds d’effort apparaissent. Ensuite on va changer le gréement, un gros morceau. Et avant de repartir, on va effectuer une ou deux sorties afin de finaliser les travaux faits à Cape Town.

Et d’ici la fin de la semaine vous allez vous ranger à côté de Banque Populaire V, prêts à vous élancer ensemble autour du monde ?

On a intégré cette éventualité. Avec Pascal (Bidégorry), on dispose des mêmes sources météos, nos bateaux ont les mêmes exigences et ont été dessinés par les mêmes architectes (le cabinet Van Peteghem et Lauriot-Prévost) et ont des caractéristiques de performances assez proches. Mais ensuite chacun adoptera sa propre stratégie et choisira sa fenêtre. C’est elle qui va nous permettre d’aller au plus vite jusqu’à l’équateur, voire même un peu plus loin. Et celle d’Orange 2 n’était pas très bonne…

L’été dernier, lors du record de l’Atlantique nord (3), vous vous étiez déjà élancés (presque) en même temps…

… mais il n’y avait pas de concertation. On est avant tout concurrent sur l’eau, chacun cherche à améliorer sa propre performance. Mais c’est vrai que pour le grand public, un départ ensemble permettrait une plus grande lisibilité. Mais il n’y a clairement pas une volonté commune d’être en même temps sur la ligne de départ. Dans l’histoire du Trophée Jules-Verne on a parfois vu des départs groupés mais jamais ensemble. Chacun a une analyse différente, même s’il paraît difficile d’occulter ce que l’autre fait.

Mais deux bateaux sur la ligne c’est quand même source d’émulation ?

On peut déjà penser que si l’un des deux bateaux va au bout, le record ne sera pas loin. Ensuite c’est vrai qu’on fait aussi sa course par rapport à l’autre, ça nous influence, faut-il attaquer ou pas, vaut-il mieux gérer le bateau. Mais l’autre n’est pas plus Banque Populaire V qu’Orange 2 qui détient le record depuis près de cinq ans.

Au petit jeu des comparaisons, on peut souligner que vous connaissez mieux votre bateau…

Plus on navigue, mieux c’est. C’est toujours un avantage d’accumuler de l’expérience sur l’eau. Et comme, ils ont les mêmes architectes que nous et que le bateau de Pascal est plus récent, on peut penser à juste titre qu’ils ont profité de notre expérience. C’est normal ! Mais la connaissance du bateau reste fondamentale, comment un équipage vit-il ensemble durant 50 jours est une autre clé importante d’un succès. C’est positif d’avoir passé autant de temps sur l’eau. Entre la descente de l’Atlantique, l’escale en Afrique du sud puis le retour à Lorient, le bateau a avalé 15 000 milles, à travers des dépressions compliqués on a pu mesurer sa résistance, toutes les contraintes ont été poussées au maximum. C’est un acquis.

Vous serez concurrent sur l’eau. Et à terre, Pascal Bidégorry est aussi un concurrent ?

(rire) Souvenez-vous que Pascal a navigué sur Groupama au début. On ne passera pas nos vacances ensemble mais j’ai un gros respect pour lui. On ne communique pas d’un projet à l’autre mais on a des échanges informels, via les architectes notamment, nos préparateurs se croisent souvent, parfois on s’entraide en se prêtant un zodiac. Quand on est entre personnes intelligentes, tout va bien. Le seul sujet sur lequel on a pu travailler ensemble c’est sur les questions relatives à la sécurité.

Ce rival vous inquiète-t-il ?

« Banque Pop » est plus grand, plus puissant, en terme de performance il possède pas mal d’avantages. Mais je ne parlerai pas d’inquiétude. Nous on connaît mieux notre bateau, mieux le parcours et on a un vécu commun plus important.

Quelles sont d’après vous les trois clés pour ravir à Bruno Peyron son record ?

Je dirais la fiabilité du bateau, la météo et l’équipage. Je repars d’ailleurs avec le même qu’en novembre dernier (4). Des gens qui ont un haut niveau de performance, qui se connaissent bien et ce feeling commun se construit sur la durée. Mais je rajouterai un quatrième élément : la performance. Ensuite, il faut aussi que la chance vous sourit.

 le 5 janvier 2010
 (Source : Ouest France)

 
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