On le surnomme le bûcheron des mers parce que, plus jeune, pour gagner sa vie, il travaillait le bois. On a souvent entendu dire que c'est «le plus Breton des Suisses». Avec sa «gueule à faire du cinéma», son accent inimitable, Bernard Stamm (prononcez: Schtamm!) n'est pas un marin comme les autres. Sa vie est un roman. Car l'homme, sans cultiver sa différence, ne peut s'empêcher de faire les choses différemment.
«Un mec extra»
Quand les autres embarquent sur des petits bateaux fraîchement sortis des chantiers, lui décide d'en construire un grand. De ses propres mains. Un monocoque de 60 pieds, histoire d'aller vérifier que la terre est ronde. C'était en 1997 du côté de Lesconil. Un projet fou qui a duré trois ans et pour lequel il n'a toujours pas fini de rembourser l'argent emprunté. Il est ainsi Stamm. Jusqu'au boutiste parfois. Déterminé toujours. «Un peu chien fou mais, humainement, c'est un mec extra. Un type très ouvert, sans barrière, toujours prêt à se remettre en question. Un grand marin du large», dit de lui Gildas Mahé qui l'accompagne entre Concarneau et Saint-Barth' sur «Cheminées Poujoulat». Sur le CV nautique de Stamm, on trouve de tout. Beaucoup de 60 pieds donc mais aussi du mini 6.50, du Dragon, du Pabouk, du Class 40 et du maxi-multicoque autour du monde lors du Trophée Jules-Verne 2005 avec Bruno Peyron. Mais pas la moindre trace de Figaro Bénéteau.
«J'ai mûri»
Mais alors, quelle mouche l'a piqué de se présenter, à 47 printemps, au départ de sa première transat en double? L'envie d'ajouter une 41e transat à son actif? Sûrement pas. Quoi alors? «Le plaisir tout simplement, cela m'amuse», lance-t-il. Stamm, qui regrette de n'avoir qu'une seule vie, est un marin pressé. Qui ne s'arrête pas aux écueils rencontrés. Pourtant, il en a subi des revers. A commencer par le dernier Vendée Globe, achevé tristement, échoué aux îles Kerguelen. Bateau fracassé. «La vie met des coups et laisse des traces», admet-il. Mais qu'importe les vents contraires, Stamm avance. Et avancera toujours. Les échecs ont été analysés, digérés. «J'ai mûri».
«Je n'ai pas vu le temps passer»
Il a mûri, soit. Mais reste imprévisible. La preuve... « Après la voile, je suis capable d'aller élever des poissons rouges ou de refaire de la moto de compétition. Je peux aussi avoir envie de construire un avion... pour me rendre compte une fois terminé le travail qu'on peut aller en acheter un tout fait (rires)». Il est ainsi Stamm. A 47 ans. «Mais en ayant l'impression d'en avoir 25». Il avoue encore. «C'est vrai, je n'ai pas vu le temps passer.» S'il est parti sur cette transat en double, c'est donc d'abord parce que ça lui plaît. Un peu (beaucoup) pour apprendre les ficelles de la régate au contact. Car après la Route du Rhum 2010 en 40 pieds, il va retourner jouer dans la cour des grands à la barre d'un monocoque Imoca tout neuf. Stamm n'a pas fini de courir...
le 26 avril 2010
(Source : Le Télégramme)



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