le 22 mars 2010

Du vent, du soleil, un accueil chaleureux, de la joie sur des visages fatigués mais rayonnants : que la fête a été belle, hier à Brest. C'était vraiment le sacre du printemps pour Franck Cammas et ses neuf équipiers, premiers marins à boucler un tour du monde en moins de 50 jours (48 jours, 7 h, 44').
Le grand trimaran vert «Groupama3», qui avait franchi la ligne entre Ouessant et le cap Lizard samedi soir à 22h40, a embouqué le goulet de Brest sur les coups de 9h30 hier matin, escorté par quelques grosses vedettes et de nombreux pneumatiques. Pour le plus grand plaisir du public massé sur le môle Lapérouse, l'équipage, qui connaît sa machine sur le bout des doigts, a manoeuvré comme à la parade dans la rade avant de venir s'amarrer dans la marina du Château. La ronde planétaire, débutée dans l'intimité le 31janvier, s'est achevée sous un tonnerre d'applaudissements printaniers.
«On est allé vite en sécurité»
Lutin des océans heureux de son joli tour et encore plein d'énergie, Cammas a rebondi du trampoline au flotteur de son géant pour se prêter au jeu obligé des questions sur cette aventure conclue par un record de belle facture. Réalisait-il qu'il venait d'entrer dans le cercle restreint des marins qui ont écrit la légende du Trophée Jules-Verne ? Bruno Peyron, le regretté Sir Peter Blake et Olivier de Kersauson ont successivement brandi ce trophée. Et d'autres l'ont convoité sans succès. Après trois tentatives, Franck Cammas et son équipage de choc ont réussi à s'en emparer. Et ils ne l'ont pas volé tant ils ont déployé d'énergie pendant ces 48 jours et sept heures sans répit, où ils ont progressé par à-coups, sans jamais relâcher leurs efforts. «Les deux échecs nous ont permis de repartir, d'être plus forts. Ce tour a été d'une intensité de tous les instants, plus violent que je ne le pensais. Mais on a toujours essayé d'éviter les situations dangereuses. On est allé vite en sécurité. Compte tenu de la météo, mais elle ne peut pas toujours être idéale, on a été obligé de tirer sur le bateau. Mais je n'avais pas d'arrière-pensée sur la fiabilité, malgré nos soucis passés.»
La force du groupe
Au service de ce trimaran de 31m, dont le potentiel a fait merveille dans les phases transitoires et qui a fait la différence dans le final époustouflant entre l'équateur et Ouessant, il y avait un groupe d'exception auquel son skipper n'a cessé de rendre hommage. Les regards complices, les réponses pleines d'humour qui ont fusé lors de la conférence de presse très riche en disaient long sur la cohésion de cet équipage qui réunissait des talents maritimes et de fortes personnalités. Même si, comme le confiait Fred Le Peutrec, barreur émérite, «cela n'a pas été 48 jours de bonne humeur permanente et de glisse». Thomas Coville, cinq tours du monde dans le sillage, un Jules-Verne victorieux avec Kersauson, a des repères. Le skipper de Sodebo, qui a tourné en solitaire, a savouré la différence: «Quand on boucle un tour du monde en solitaire, on est exténué, vidé. En équipage, c'est no stress, que du plaisir. On est porté jusqu'au bout par l'énergie du groupe. Celui-ci s'est autorégulé. Personne n'avait rien à prouver à personne. Sa force, c'était de jouer collectif dans le respect des choix de la cellule de décision (Cammas et Stan Honey).»
«La porte ouverte à d'autres candidats»
A l'arrivée, le «dix» soudé de «Groupama 3» a signé un temps de fort belle facture qui lui a permis de déposséder Bruno Peyron de son record avec 2 j, 8h et 35' de mieux. «On a un perdu du temps dans l'Atlantique Sud à l'aller et au retour. Avec une météo un peu plus favorable, on peut raisonnablement imaginer descendre à 45 jours», analysait Franck Cammas qui, naturellement, ne boudait pas son plaisir sous le regard d'un Bruno Peyron fair-play. «Ils nous battent avec la manière, mais pas de trop. Cela laisse la porte ouverte à d'autres candidats. Cette histoire a 17 ans et elle continue.» Le Jules-Verne n'a pas fini de faire rêver les marins... et les terriens.
le 22 mars 2010
(Source : Le Télégramme)



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