le 10 novembre 2009

Après avoir chaviré dimanche en fin de journée, le trimaran «Actual» a été remorqué jusqu'à Cherbourg. Légèrement blessé à la main, Yves Le Blévec est revenu sur l'instant où tout a basculé.
Que s'est-il passé exactement ?
«Tout allait bien à bord. Il y avait 20 noeuds de vent avec des bouffes à 25 noeuds. La mer n'était pas formée. On naviguait sous grand-voile haute et gennaker, sans attaquer. On filait à 20 noeuds. A un moment, le bateau est rentré dans une vague comme cela arrive souvent. En général, il y a de l'eau sur le pont et les étraves ressortent vite. Sauf que là, le bateau s'est arrêté net. C'était très brutal, comme lors d'un impact. Il s'est passé un truc anormal. Ce n'est pas un enfournement. On a entendu un crac».
Avez-vous touché quelque chose ?
« On a peut-être heurté un objet flottant non identifié. On va devoir faire l'autopsie de la coque centrale qui est en choux-fleur. C'est le croche-pied parfait. Incompréhensible ! J'étais à la barre et Jean dans la descente du cockpit : il n'a même pas eu le temps de choquer, il s'est fait projeter violemment. Le bateau est monté immédiatement et a sanci, cul par-dessus tête. Avec une brutalité extrême. Je me disais:?Mais ce n'est pas possible qu'il monte comme ça, on ne va pas y aller quand même ! ? Et trois secondes plus tard, j'étais dans l'eau. J'ai été catapulté du poste de barre et je suis tombé à la baille, à la verticale du bateau».
On imagine que vous avez-vous eu peur ?
«C'est allé tellement vite jusqu'à l'impact du mât dans l'eau. A un moment, je me suis dit : ?Oh la, je tombe mais sur quoi je vais tomber ? Dans l'eau ? Ouf, ça va, c'est pas du dur. Je sors la tête de l'eau et je vois le bateau (ndlr: qui pèse 4 tonnes) me tomber dessus. Cela s'est bien passé car le filet est tombé juste devant moi. Jean ne savait pas où j'étais et je ne savais pas où il était. Il faisait nuit noire, donc on a mis quelques secondes à se trouver».
Comment Jean Le Cam, déjà victime d'un chavirage en janvier dernier, a-t-il vécu cela ?
«Comme moi, il n'a pas compris. Lui aussi a entendu un crac. Au début, j'avais peur qu'il m'engueule, qu'il me refasse le coup d'Eric Tabarly en me disant ceci : ?T'es content de ce que tu as fait?? Lui non plus n'a jamais vu un truc aussi brutal. Comme il le dit : ?C'était la même sensation que lorsqu'on freine avec la roue avant de vélo?. Bon, il était emmerdé quand même car c'était son deuxième chavirage dans l'année (1). ?Ça commence à faire beaucoup?, m'a-t-il dit».
Le mât s'est-il brisé dans le chavirage ?
«Non, même pas ! On chavire et le bateau ne démâte même pas ! Je voulais un mât solide et visiblement il l'est. Arrivé en remorque devant Cherbourg, on savait que le mât de 23,50 m était encore en-dessous. Mais comme il n'était pas question de rentrer dans le port avec un tirant d'eau de 23 m, on a démâté sous l'eau. Les gars de la SNSM de Goury ont été formidables, de grands sauveteurs. Ensuite, avec des plongeurs, on a désolidarisé le mât du bateau et récupéré les voiles. Le mât est sur un quai. Quant à la plateforme, elle n'a pas une fissure. Il faut réparer la coque centrale. On s'en tire bien».
(1) Il avait perdu le bulbe de la quille de son monocoque à l'approche du cap Horn.
le 10 novembre 2009
(Source : Le Télégramme)



Actuellement
Traversée de l'Atlantique en planche à voile
Retour sur le
Hydroptère
Surf extreme
Méga Yacht







