le 13 mai 2010

A Saint-Barth' où les arrivées se succèdent, les concurrents refont inévitablement la course et livrent aussi leurs émotions sur cette traversée. Avec des sentiments parfois très contrastés.
Débarquer à Saint-Barth', véritable perle des Antilles, met du baume au coeur quand on a parfois laissé ses illusions au milieu de l'Atlantique. Mais la caresse de l'alizé, le soleil, l'accueil chaleureux ne suffisent pas toujours à effacer la déception d'une performance éloignée des objectifs du départ.
Options et déceptions
«C'était ma pire transat. Il y a eu du mouvement jusqu'aux Canaries mais après, cela a été plutôt ennuyeux. Le moment clé a été le passage de la dorsale au large du Portugal où on s'est retrouvé avec ?Brit Air? par notre travers. Il est passé et pas nous. Le lendemain, il était dix milles devant nous, qui sont vite devenus 20... et plus. Après les Canaries, où on menait le groupe de chasse derrière les quatre, on n'avait pas envie de faire le petit train jusqu'au bout. Donc, on a eu une stratégie d'attaque avec des trajectoires peut-être surprenantes, vues de terre», dit Antoine Koch (15e), qui ne cache pas son amertume. Son jeune coéquipier, Joseph Brault, dont c'était le baptême de l'Atlantique, a une vision plus positive de l'histoire. «Au niveau du résultat, c'est un peu décevant, par contre, au niveau de la navigation, c'est quand même chouette. C'était ma première transat et j'ai le sentiment d'avoir appris plein de choses qui me serviront». Jean-Paul Mouren (57 ans), doyen de la flotte, relativise le manque de réussite au niveau des options pour retenir le plaisir de la traversée: «C'était la plus facile de mes six Transat ag2r. Au niveau météo, on a eu des conditions de croisiéristes cinq étoiles», dit le Marseillais, en pleine forme à l'arrivée.
Drouglazet reviendra
Mais ces figaristes, compétiteurs acharnés, n'étaient pas en balade sur l'Atlantique. Et le pied posé sur ce caillou pour touristes très aisés, ils comparent les options, décryptent jusqu'au bout de la nuit les trajectoires. Eric Péron («Skipper Macif») se réjouit encore du joli coup réussi dans le sud sous mode furtif et ne fait évidemment pas la fine bouche sur sa septième place: «Le bilan est super positif. Nous avons fait une course maîtrisée sans folie», analyse le jeune Bigouden, qui a devancé «Luisina» d'Eric Drouglazet à Gustavia. Ce dernier, qui est le seul marin à avoir disputé toutes les éditions, n'arrive décidément pas à accrocher cette grande classique à son palmarès. Bob rose très fashion sur la tête, le régatier de Névez prend les choses très sportivement. «On savait qu'il y aurait des heureux et des malheureux à l'arrivée. On a raté le coche au large de Lisbonne... Je ne suis pas sur le podium, il va falloir que je revienne», conclut ce fidèle de l'épreuve.
Moments magiques
Très philosophe aussi, Jean Le Cam, vainqueur de cette transat en 1994, et cette fois équipier de luxe de Nicolas Lunven sur «Generali». Ce tandem, qui faisait partie des favoris, se contente d'une sixième place honorable. «La course s'est jouée pour nous le long des côtes portugaises. Il y avait une dorsale avec un peu d'air dedans. Les premiers ont trouvé le moyen de franchir cette bulle sans trop de difficultés. On a choisi de la contourner, mais on n'a pas de regret là-dessus», explique Le Cam. Au-delà de la froide hiérarchie du classement, dans la tête de ces marins, sont aussi gravés les souvenirs des moments forts engrangés au fil de ces 3.890 milles d'océan. «Au Portugal, nous étions plantés sur une mer d'huile et tout d'un coup, des dauphins ont surgi par dizaines. C'était magique», raconte Yannick Le Clech, qui disputait sa première transat aux côtés de Ronan Treussart sur «Lufthansa» (9e). Que du bonheur!
le 13 mai 2010
(Source : Le Télégramme)



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