Vendée Globe. La crise, obstacle à contourner

Le Vendée Globe, 6e du nom, a été présenté officiellement ce mercredi au Salon nautique de Paris. En maître de cérémonie : Bruno Retailleau, nouveau président du Conseil général de Vendée et, par là même, de la SEM, la société d’économie mixte propriétaire et organisatrice de l’événement. Depuis le premier départ, en 1990, il en a coulé de l’eau sous les ponts. Et les marées se sont succédées dans le chenal des Sables-d’Olonne. Bruno Retailleau n’a pas raté une édition, mais il endosse pour la prochaine l’uniforme de grand amiral.
Un rôle qu’il prend avec le cœur du passionné : « Le Vendée Globe, c’est le marqueur, une sorte d’ADN pour notre département, dit-il. C’est l’esprit sportif à l’état pur, où certes on se bat contre d’autres compétiteurs, mais d’abord contre soi-même. » Effet d’annonce oblige, l’organisateur du plus mythique des tours du monde donne dans la légère exagération lorsqu’il s’agit de délivrer quelques noms de futurs engagés. « Douze projets sont aboutis », assure-t-il. C’est vrai pour PRB (Vincent Riou), Akena Verandas (Arnaud Boissières), Groupe Bel (Kito de Pavant), Safran (Marc Guillemot), Virbac - Paprec (Jean-Pierre Dick), Mirabaud (Dominique Wavre) et Hugo Boss (Alex Thomson), Macif (François Gabart). Si la Britannique Dee Caffari est donnée partante, elle est pourtant loin d’avoir bouclé le dossier. Et on attend l’officialisation de deux bateaux espagnols donnés pour sûrs.
Restent les autres. Les espérés. Les attendus. L’Imoca, la classe qui régit les bateaux du Vendée Globe, donne dans l’optimisme lorsqu’elle livre une liste de cinq quasiment assurés de participer, et qui attendent une signature pour parapher le contrat dans le courant du premier semestre 2011. Armel Le Cleac’h en est. Mais Brit Air, son partenaire jusqu’au 31 mars prochain, n’a pas l’air très chaud pour poursuivre l’aventure, malgré les excellents résultats du marin cette saison (victoire dans la Transat Ag2r, dans la Solitaire du Figaro dont il gagne trois des quatre étapes, une place de 2e dans la Route du Rhum). Christopher Pratt ? Il vient de se faire débarquer par DCNS ? Mike Golding ? En manque de sponsor, il a loué pour la Barcelona World Race son bateau à Jean Le Cam et Bruno Garcia. S’ajoutent encore deux Espagnols, dont on ne sait rien, inutile donc de s’appesantir sur du plus qu’hypothétique.
Et puis, il y aurait les skippers qui ont « établi une relation très avancée avec des sponsors ». Ils seraient neuf. Parmi eux : trois présents, au Salon. Yann Eliès, Jérémie Beyou, et Samantha Davies. Presque gênés aux entournures à l’écoute du discours. Le premier dispose de 50 % du budget nécessaire, mais depuis un an, et rien n’avance plus depuis. Le deuxième, lui, semble sur une meilleure voie avec une grosse PME vendéenne, mais « rien n’est fait. Aujourd’hui, les gens sont plus pointilleux sur tout, et on n’est pas les seuls à avoir de beaux produits à vendre. » La troisième évoque des « rendez-vous avec des gens très intéressés, mais pour le moment… J’aimerais déjà être assurée de pouvoir faire du Figaro la saison prochaine. »
Attention au discours trop enflammé. Il pourrait laisser croire que la crise est passée, que les marins ont ce dont ils ont besoin, que l’argent coule à nouveau à flot sur la course au large. Ce n’est pas le cas. Même si les primes de course sur le Vendée Globe sont globalement augmentées de 100 000 €, pour passer de 500 000 à 600 000 répartis entre les coureurs. Pour y prétendre (160 000 € au vainqueur au lieu de 150 000 précédemment), encore faut-il avoir un bateau. Et un partenaire. Une quasi-certitude, dans l’état actuel des choses : voir une vingtaine de marins couper la ligne de départ le 11 novembre 2012 à 15 h sera déjà bien. On sera encore loin des 30 de 2008, mais il s’agissait d’une édition hors norme.
le 8 décembre 2010
(Source : Le Télégramme)



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