le 2 novembre 2010

Après une première nuit sous le signe de la veille pour traverser la Manche, les grandes manoeuvres ont commencé. Dans la catégorie Ultimes, la partie de poker est lancée avec des options stratégiques tranchées.
Dans un vent montant graduellement au cours de la nuit, Thomas Coville, qui avait pris un départ prudent, avait haussé le rythme et hissé son «Sodebo» en tête de la flotte au petit matin. Le Trinitain gardait une position médiane sur le plan d'eau, peut-être pour se garder la possibilité de jouer d'un côté ou de l'autre dans un proche avenir. «Quand on regarde les fichiers météo, on n'arrive pas à croire à la position sud et je ne m'y engage pas. J'ai fait du gain au sud et à l'ouest et je suis content...», expliquait le leader à mi-journée.
Cammas joue le sud
Ce pari du sud, Franck Cammas, lui, l'a résolument tenté. Déjà à hauteur du Cap Finisterre après 24heures de course (quelle vitesse!), le skipper de «Groupama3» laissait entendre que son idée était d'aller le plus vite le long des côtes portugaises, de se faufiler sur la bordure est de l'anticyclone et d'attraper du vent portant permettant à son géant d'allonger la foulée. Il lui faut échapper à la dorsale qui risque de claquer la porte au nez de Yann Guichard (Gitana11), qui n'a pas tiré profit du scénario météo des premières heures, favorable à sa monture, et Francis Joyon (Idec), qui opte aussi pour le tour de la paroisse. A l'inverse, Sidney Gavignet a choisi d'entrer dans le dur (il est rodé avec la Volvo Race) en optant pour une trajectoire proche de l'orthodromie forcément plus éprouvante. Le plus au nord, il progressait à 17 noeuds au près dans plus de 20 noeuds de vent. Pendant ce temps-là, Cammas, sous grand-voile et gennaker, filait à 23 noeuds.
Suspense
D'entrée de jeu, il y a donc de très grands écarts en latéral. Dans la première émission Boulevard du Rhum, diffusée quotidiennement sur «letelegramme.com», Jimmy Pahun, entouré d'experts, s'est appliqué à décrypter ce positionnement contrasté sur l'échiquier et à deviner la suite de l'histoire. Pour le figariste Fred Duthil, comme pour le tourdumondiste Jean-Baptiste Dejeanty, l'option de Cammas est «gonflée sur le papier mais peut payer s'il arrive à échapper à la dorsale». «Si l'on fait tourner les modèles de routage (avec les polaires de vitesse) dans cinq-six jours les trois premiers devraient être proches de l'arrivée mais dans un mouchoir de poche», analyse Hervé Gautier. Voilà qui a l'intérêt de ménager le suspense. L'autre donnée fondamentale étant la capacité des marins à mener leur machine et à tirer parti de ces systèmes météo.
Imoca: au contact
Du côté des monos Imoca, où Kito de Pavant (Groupe Bel) mène la flotte, les positions sont nettement moins tranchées, même si Armel le Cléac'h (Brit Air) a viré pour faire route dans l'ouest - nord-ouest. La flotte glisse plutôt au vent arrière avec Michel Desjoyeaux (Foncia), un peu plus décalé au sud que ses camarades de jeu. Dans cette classe, où les couples hommes-bateaux sont très proches, on est plutôt dans un schéma tactique rapproché pour l'instant. Comme le soulignait avec humour Roland Jourdain (Véolia), pointiait en tête hier soir, «on va se retrouver à plusieurs à la Tête à l'Anglais, près de l'arrivée pour une régate finale». Un scénario qui est loin d'être improbable.
le 2 novembre 2010
(Source : Le Télégramme)



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