le 23 décembre 2009

À bientôt 90 ans, Michel Jaouen n'a rien perdu de sa pugnacité. Le vieux capitaine continue d'avancer aux côtés de son association d'insertion basée à Landéda(29). À l'opposé des prisons qu'il déteste plus que tout.
le 23 décembre 2009

À bientôt 90 ans, Michel Jaouen n'a rien perdu de sa pugnacité. Le vieux capitaine continue d'avancer aux côtés de son association d'insertion basée à Landéda(29). À l'opposé des prisons qu'il déteste plus que tout.
Les deux trois-mâts de son association, le BelEspoir et le Rara Avis, ont appareillé dimanche de Brest pour leur grand tour en Atlantique. En quaranteans, c'est la première fois que le vieux capitaine n'a pas embarqué. «Contretemps médical de rien du tout», balaye-t-il d'un revers de la paluche. Il a la certitude qu'il rejoindra les voiliers à La Palmas dans une dizaine de jours. Au pire au Cap-Vert. Dernière escale avant de gagner les Antilles où il se sent aussi à l'aise que dans son repaire de Landéda, siège de son association Les amis de jeudi-dimanche, postée à l'entrée de l'Aber-Wrac'h.
Sortir du piège carcéral
Il lui aura fallu trois croisières, entre1971 et1973, pour se rendre compte qu'un équipage composé de toxicomanes reproduisait purement et simplement les schémas et les incohérences de l'univers carcéral. Dès 1974, le jésuite explose le vase clos en mêlant ex-délinquants, toxicos, et alcooliques à des passagers lambda. La mayonnaise prend aussitôt, sa méthode fait le tour du monde. «En dix ans passés à la prison de Fresnes, je n'ai jamais vu de monstre», tonne-t-il! «En revanche, j'en ai croisé des gars dont la vie familiale et affective était en morceaux». À travers ses croisières, il décide de faire confiance aux stagiaires, de leur donner les moyens de traverser le désert affectif qui les ronge. À bord des trois-mâts ou au sein du chantier que son association vient tout juste de racheter au fond de l'Aber-Wrac'h, on remet le pied à l'étrier. Pas la peine de prononcer le mot et de disserter autour de l'insertion. «On réapprend à vivre ensemble tout simplement», ajoute-t-il dans son style caractéristique.
L'humain contre le pognon
À 89 ans passés, Michel Jaouen n'en a pas fini de rentrer dans le lard de l'administration, des écologistes qui ont récupéré une partie de ses terrains sur la dune de Landéda, des bureaucrates et des politiques dont il n'attend plus rien. «Je l'ai encore dit la semaine dernière à Borloo, un chic type, mais dont je n'espère pas grand-chose... Du moment où le pognon dirige et décide de tout!». Ce qui intéresse le père Jaouen, c'est l'humain, la vie sur le terrain, le brassage de garçons et de filles pressés de monter dans le bon wagon. Controversé, souvent critiqué, le marin qui a délaissé la soutane depuis longtemps mais a gardé ses convictions religieuses, continue de faire grincer des dents. «Il faudrait être plus vigilant sur tous ces mariages qui tournent au divorce trop vite et font des dégâts collatéraux difficiles à enrayer!». Sa position sur les stupéfiants est encore plus radicale. «Toutes les drogues devraient être en vente libre! Cela raserait les trafics et les montagnes de pognon que cette industrie génère à travers le monde. Et puis, cela permettrait peut-être de s'attaquer à la drogue que tous les États subventionnent joyeusement. L'alcool en tête, la pire de toutes les drogues!». Un coup de plus dans la fourmilière. Il se félicite d'ailleurs de ne recevoir aucune subvention, ni aucune aide publique. Ça lui ferait trop mal d'avoir des comptes à rendre ou de devoir rentrer dans le premier moule venu. Même si cela ne l'empêcherait probablement pas de continuer à donner «les coups de pied au cul à tous ceux qui en ont bien besoin». Et lorsqu'il lâchera définitivement la barre? Le vieux loup de mer n'est pas du genre à se faire du souci pour ça. «Il y en aura d'autres pour continuer la route». Loin des enfermements en tous genres.
le 23 décembre 2009
(Source : Le Télégramme)



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